Hélène Basle Pas de commentaire


Mireille Abadie est déléguée à la certification à IPERIA. Elle délivre chaque année le titre « Assistant(e) de vie dépendance », « Employé(e) familial(e) » ou « Assistant(e) maternel(le) / Garde d’enfants » à des dizaines de candidats, notamment à l’issue d’une Validation des Acquis de l’Expérience (VAE). Elle nous explique pourquoi, quand on en possède déjà toutes les compétences, il faut saisir cette possibilité d’obtenir sa certification professionnelle.

En tant que présidente de jury, vous faites passer les oraux de certification aux candidats. Comment rassurer les salariés du particulier employeur qui hésitent à suivre une VAE ?

« Effectivement, certains pensent que « c’est trop compliqué », qu’ils n’ont « pas le niveau », qu’« un diplôme, ce n’est pas pour moi ». Il est urgent de dédramatiser le parcours de VAE : il ne sera rien demandé au candidat qu’il ne sache pas déjà. La VAE permet en effet de faire certifier par un titre des compétences déjà acquises dans l’exercice de son métier. Pour la grande majorité des assistants maternels et salariés du particulier employeur qui ont de l’expérience, la VAE est vécue comme une simple formalité. Et pourtant, depuis 3 ans, le nombre de candidats qui font une demande de VAE pour obtenir l’un des est en baisse constante : de 595 dossiers en 2017, nous sommes passés à 396 en 2019. Cette sous-utilisation de la VAE est regrettable car ce dispositif est parfaitement adapté à la professionnalisation de l’emploi à domicile : pour le salarié, le parcours de VAE est sans impact sur ses activités chez son/ses employeur(s), et donc sur ses revenus, et il a tout à gagner à faire reconnaître ses compétences par une certification, en termes de reconnaissance, de valorisation salariale, d’employabilité et d’évolution professionnelle. »

 

Obtenir son titre en VAE est donc à la portée de tous ?

« Pour le salarié, l’unique prérequis est de vérifier qu’il possède l’expérience nécessaire du métier dans toute la diversité de ses activités et missions. Pour cette raison, nous fixons un minimum de 1 900 heures travaillées (ou une expérience de plus d’un an) pour être éligible à la VAE. Au début du parcours, le dossier de recevabilité et les conseillers IPERIA sont là pour l’aider à s’en assurer. Par exemple, pour obtenir le titre « Assistant(e) de vie dépendance » en VAE, un professionnel doit avoir déjà accompagné une personne dépendante dans les gestes de la vie quotidienne – ses repas, sa toilette, ses déplacements, ses activités sociales – et connaître les principales pathologies liées au vieillissement. Après, bien sûr, il faut que le salarié exerce correctement son métier et c’est au jury d’en juger.

Lors de sa demande d’éligibilité à la VAE, il arrive parfois que le candidat s’aperçoive qu’il lui manque une expérience dans tel ou tel domaine. Mais dès lors qu’il en est informé, il peut s’organiser pour acquérir cette compétence chez un particulier employeur et entamer une VAE ensuite. »

 

Comment se déroule la rédaction du dossier de validation ?

« C’est une étape indispensable pour bien préparer le passage devant le jury. Ce qui est demandé au candidat à travers ce dossier, c’est de puiser dans son vécu professionnel, dans son expérience, pour présenter les activités qu’il réalise au domicile et décrire des situations concrètes de travail. Mais le candidat n’est pas livré à lui-même face à une page blanche ! Il dispose d’un cadre pour s’exprimer puisque le dossier est structuré autour des compétences mobilisées par son métier : d’une part les gestes techniques, d’autre part le savoir-être vis-à-vis de l’employeur et les aptitudes propres à l’emploi direct – l’autonomie, l’adaptation, l’aisance relationnelle… Grâce aux séances d’accompagnement prévues dans la VAE, l’organisme de formation est là pour l’aider à se poser les bonnes questions – dans quelle circonstance il réalise tel geste technique ? Pourquoi ? Avec quel bénéfice pour le bien-être de la personne accompagnée ? – et pour s’assurer que le dossier est conforme, sur le fond et la forme, pour être présenté au jury. »

 

Qu’est-ce que le jury de certification cherche à valider pendant l’entretien oral ?

« Ce que nous attendons du salarié, c’est qu’il nous démontre qu’il connaît son métier et qu’il le fait bien. Concrètement, après avoir pris connaissance du dossier qu’il a rédigé, nous lui posons des questions pour éclaircir ou approfondir certains points. Vérifier, par exemple, qu’il sait faire face à telle situation, assurer la sécurité au domicile, qu’un assistant de vie est capable d’accompagner un employeur atteint d’Alzheimer dans ses gestes du quotidien, qu’un assistant maternel/garde d’enfants met en place une alimentation et des activités adaptés à chaque âge, qu’un employé familial sait préparer des repas. C’est aussi l’occasion de s’assurer que les connaissances et les pratiques du salariés sont à jour.

Ce rôle de vérification est une responsabilité importante car à travers cette certification, IPERIA et les branches professionnelles des assistants maternels et des salariés du particulier employeur se portent garantes du niveau de qualification du salarié auprès des employeurs. »

 

Quels conseils donner à tous ceux qui se lancent dans une VAE ?

« En premier lieu, de ne pas se laisser impressionner par le dossier de validation. Sa rédaction demande certes un investissement en temps, mais la clé c’est une bonne organisation. Une VAE se déroule généralement sur 3 à 5 mois, mais si le candidat juge le délai trop court au regard de sa charge de travail ou de ses obligations personnelles, il faut en discuter avec l’organisme de formation qui trouvera un rythme adapté aux contraintes du salarié.

Avant l’oral de certification, les candidats sont forcément un peu stressés, mais qu’ils se rassurent : le jury n’est pas là pour les « piéger » mais au contraire pour les aider à verbaliser leurs compétences.

La maîtrise de la langue française, de l’orthographe, ne doit pas non plus être un frein. Des modules d’accompagnement spécifiques sont d’ailleurs prévus dans le parcours de VAE. J’ai vu des candidats présenter des dossiers loin d’être parfaits sur la forme et se débrouiller parfaitement à l’oral. La passion de bien faire son métier et les qualités humaines s’expriment naturellement quand vous les avez en vous. »